jeudi 21 décembre 2017

La Diversité du monde ou l'homme face à ses préjugés

Pour prendre la mesure de la diversité du monde, nul besoin de faire le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle ou l'ascension du Kilimandjaro. Non, pour observer le monde, il suffit de prendre n'importe quel bus de Montréal pour vous rendre au boulot. Vous entrez dans le bus, vous vous dirigez vers le fond et vous vous installez sur la banquette à deux places située juste après les portes arrières. De là, vous regardez le monde...

Les individus qui le composent se présentent alors un à un devant vous. De votre poste d'observation, vous pouvez les jauger en toute tranquillité. Ce faisant, vous constatez rapidement des différences marquantes entre les êtres humains.

Certains garçons sont vêtus à la limite de la décence. Pantalons courts qui, en ne descendant pas plus bas que la mi-cuisse, laissent deviner l'anatomie intime de la personne. Croyez-moi, c'est assez dégoûtant. Cette même personne porte parfois une chemise au col généreusement ouvert mais, plus souvent qu'autrement, sa préférence va au t-shirt froissé sur lequel on peut lire quelque slogan stupide. Et je passerai sous silence le spectacle de sa pilosité généreuse...

Certaines jeunes filles ne font guère mieux. Elles arborent fièrement leurs bras dénudés sur lesquels sont gravés des tatouages représentant des reptiles, des fleurs et, parfois, des symboles quasi religieux. Certes, elles imitent en cela une chanteuse connue, du moins connue dans la localité avoisinante, sauf qu’elles accusent vingt kilos de plus que celle-ci… Bref, l’effet n’est pas le même.

D’autres personnes sont, par contre, bien vêtues, mais elles prennent un air pincé quand elles croisent d'autres frères humains, ce qui ne les rend pas plus sympathiques aux yeux de l'observateur que je suis.

Et il y a moi aussi, au fond, qui ne vaut guère mieux que mes contemporains qui m’observent aussi, sans doute, d’un air indifférent. Comme eux, je prends les transports publics, les côtoie dans ces petits moments intermédiaires de la journée, sauf que moi je ne peux passer près d’eux sans les voir — et parfois même sans les observer. L’esprit à la dérive, le décodage s’opère alors tout seul, sans que je le veuille forcément. Il est fait de sensations diffuses, de préjugés, de réflexes hérités de mon histoire, de mon éducation, mais toujours conceptualisé avec retenue et prudence par respect pour l’autre, sachant qu’on n’enferme pas les gens dans des cases… Bref, je me garde bien de réduire les gens à leur mode d’apparence au monde.

À travers ces observations et portraits, c’est aussi bien moi-même que j’analyse, surpris de ce qui peut me passer par la tête parfois. À travers ces saynètes, j’expérimente combien nous sommes utiles les uns aux autres, à quel point les réflexions que j’ai sur autrui me renseignent sur moi-même — en autant que je me donne la peine d’être honnête, bien entendu. Je questionne ainsi mes préjugés et m’interroge sur la place de chacun en ce monde.

Dans la plupart des textes que vous allez lire, c’est le passage de la personne « pré-jugée  » à la personne « réelle  » qui est abordé, en mettant l’accent du même coup sur ce malentendu indissociable des rapports humains. Dans chaque récit, il y a une tension, une attente vis-à-vis de l’autre, une soif de contact et un regret quand le rendez-vous est manqué...

En terminant, j'ajouterais que la particularité de ce recueil réside dans le fait que chacun des textes a d'abord été rédigé in vivo sur un téléphone avant, bien entendu, d'être retravaillé par la suite à l'ordinateur. Des œuvres littéraires naissent de nos appareils mobiles, un autre signe que le monde, en sa diversité, a bien changé...

Mine de rien, je suis assez satisfait de ce nouvel opus qui, en version numérique, ne coûte que cinq dollars (trois euros quarante-neuf.)

 

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